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September 2, 2018

Christine Passot, chargée d'insertion professionnelle auprès de déficients visuels

PANDA est allé à la rencontre de Christine, qui travaille en Centre de Rééducation Professionnelle (CRP) auprès de personnes aveugles et malvoyantes. Christine a eu plusieurs vies professionnelles, avant de se consacrer à cette belle mission qu'est l'accompagnement de personnes vers l’emploi, en allant les chercher là où elles sont, à leur porte.

 

Synopsis :

L’équipe PANDA-Guide part à la rencontre de personnes inspirantes, des personnes déficientes visuelles, mais pas seulement, surtout des personnes qui par leurs actes font changer le regard de la société sur la déficience visuelle en France et à travers le monde. Entretien.

 

Œuvrer au quotidien pour l’accès à l’emploi des malvoyants

 

Reconversion professionnelle et handicap

 

Présente-moi ton changement de parcours professionnel ?

Je suis issue d’une formation d’ingénieur en agriculture avec une composante managériale. Après quelques années en grand groupe j’ai décidé de donner un nouvel élan à ma carrière, je voulais me sentir utile, davantage au contact des gens, c’est là que l’Agefiph m’a proposé un job pour accompagner des personnes handicapées dans leur projet professionnel, je ne connaissais à l’époque rien au handicap. J’ai pris en 2007 un poste de chargée d’insertion auprès de déficients visuels.

 

Après quelques années en grand groupe j’ai décidé de donner un nouvel élan à ma carrière, je voulais me sentir utile, davantage au contact des gens

J’ai de suite décidé d’apprendre le braille, pas le braille tactile, mais le braille en noir.

J’ai ensuite eu une expérience dans une entreprise de 3000 salariés en tant que responsable Mission Handicap, après d’autres expériences, souvent dans le milieu associatif je suis reparti sur les bancs de la fac pour obtenir le diplôme de coach.


Parle moi de ton CRP

Cela fait 1 an que je suis en poste. Mon binôme, Najib, et moi-même formons un beau duo, nous avons de très bons échos. Najib est aveugle, il m’impressionne, je suis d’ailleurs surprise que ça soit moi qui soit interviewée et pas lui. Nous accompagnons environs 50 personnes entre 18 et 50 ans dans l’aide à la recherche d’emploi. J’essaie de mettre en place ce qu’on appelle du co-développement, je te conseille les travaux de Payette et Champagne à ce sujet.

Pour en savoir plus sur Payette et Champagne, cliquez ici.

 

 

Prise de recul sur l’emploi des déficients visuels


Des déceptions ? Des réussites cette année ?

J’ai été parfois déçue par des personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent, qui sont ici, avec Najib et moi et qui finalement n’ont pas de projet, ne sont pas forcément honnêtes et ne cherchent pas. C’est parfois difficile de cerner qui est honnête de qui ne l’est pas. Mais j’ai surtout vu des gens bouger, se bouger, prendre confiance en eux, et trouver un emploi. C’est là que je me dis que j’ai gagné.

 

Mais j’ai surtout vu des gens bouger, se bouger, prendre confiance en eux, et trouver un emploi. C’est là que je me dis que j’ai gagné.

 

Quels freins à l’emploi pour les DV ?

La gestion des risques et la polyvalence sont très problématiques dans le monde du travail pour les déficients visuels, le rôle du manager est aussi très important, lorsque l’on accompagne par exemple une personne qui commence à perdre la vue. Si un collaborateur au sein d’une équipe commence à perdre une de ses capacité il est important, de réétablir une complémentarité au sein de l’équipe. On peut se redéfinir les tâches, se les répartir différemment. Les recruteurs ont également un rôle très important, en amont de la signature du contrat de travail. Ils ont souvent tendance à poser davantage de questions sur le matériel, l’adaptation du poste que sur la personne elle même. On bosse vraiment dans l’humain.

 

 

Une personne engagée aux multiples casquettes 

 

Que t’évoque le monde associatif ?

J’ai été bénévole dans une grande association à Versailles pendant quelques années, j’ai également aidé près de ma ville dans le 91, des cadres en recherche d’emploi, surtout des personnes autour de 55 ans, qui ont du mal à retrouver un emploi, ça a été une superbe expérience.

 

Qu’est-ce que tu apprends aux déficients visuels ?

J’essaie surtout de les sensibiliser à la démarche réseau. Je dirais également, que si je fais bien mon boulot, on ne me voit pas, ce sont plus des comportements, des démarches, des réflexes que je vais leur apprendre. Je suis là aussi pour les conseiller, me mettre dans la position d’un recruteur. Je leur apprends aussi à se construire leur projet professionnel et cibler des entreprises ou secteurs spécifiques. Le meilleur moyen de se faire embaucher reste souvent la candidature spontanée, j’ai appris dans mon expérience, que moins de 20% des offres d’emplois sont sur le domaine public, les jobs se trouvent en grande majorité via le réseau et la candidature spontanée. Je leur apprends aussi à éviter leurs croyances limitantes, les théories qu’ils se font, ainsi qu’à bâtir leur projet, quand on a 2 projets, c’est qu’en réalité on a pas de projet.

 

Je leur apprends aussi à éviter leurs croyances limitantes, les théories qu’ils se font, ainsi qu’à bâtir leur projet, quand on a 2 projets, c’est qu’en réalité on a pas de projet.
 

 

Ta vision sur les malvoyants dans la société

 

Du positif dans le handicap

 

On avance dans le bon sens ?

Je dirais, que le plus dur, c’est d’essayer de trouver de nouveaux métiers que l’on peut adapter aux personnes déficientes visuelles. Je te donne un exemple, cela fait plus de 10 ans que j’entends dire qu’il n’y a pas d’ESAT (Etablissement et service d’aide par le Travail) orienté pour les déficients visuels, je me demande souvent, pourquoi personne ne s’occupe de ça ?

 

Une citation qui t’inspire

« Ca paraissait impossible, jusqu’à ce qu’on l’ai fait » de Nelson Mandela. 

 

 

Les déficients visuels guerriers ?

 

Un mot de la fin

Une caractéristique que je retrouve chez les déficients visuels hors normes, c’est qu’ils n’ont pas peur de prendre des coups, ils avancent sans se plaindre.

 

Une caractéristique que je retrouve chez les déficients visuels hors normes, c’est qu’ils n’ont pas peur de prendre des coups, ils avancent sans se plaindre.

Être autonome ça ne se fait pas tout seul, il faut apprendre à oser, toujours se relever, demander de l’aide de temps en temps, c’est plus subtil qu’il n’y parait.

 

Un conseil à donner aux jeunes générations ?

Continuer le combat, être armé, on doit se préparer plus que les autres, avoir la hargne, être résistant et tenace, être un guerrier. Cela demande beaucoup plus d’énergie, c’est encore et toujours plus d’efforts. Apprenez à vous entourer, trouver vous-mêmes les bonnes ressources, le plus important c’est de ne pas rester seul, je suis très attachée à la dimension collective.

 

 

MERCI !

 

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