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May 24, 2018

Mathieu, président d'ORION : la navigation pour déficients visuels

PANDA est parti à la rencontre de Mathieu Simonnet, 37 ans, Président de l'association ORION dont l'objet est de permettre aux personnes déficientes visuelles de pratiquer la voile. Son projet ? Faire naviguer des équipages mixte composés de voyants et de non-voyants.

 

Synopsis ? 

L’équipe PANDA Guide part à la rencontre de personnes inspirantes, des personnes déficientes visuelles, mais pas seulement, surtout des personnes qui par leurs actes font changer le regard de la société sur la déficience visuelle en France et à travers le monde. Entretien. 

 

Connaitre davantage Mathieu

 

Ton parcours ?

Au cours d’études en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives à Brest, j’ai commencé à m’intéresser aux informations qui permettent de barrer un voilier en l’absence de vision, puis à l’apport des nouvelles technologies pour l’orientation en milieu marin en l’absence de vision.

 

Qu’est-ce qui te motive le matin ?

La météo !

 

Raconte-nous comment et pourquoi tu as commencé à fréquenter les déficients visuels.

C’est un hasard, je cherchais un stage pour mes études de master et je suis arrivé à l’institut pour l’insertion des déficients visuels. D’abord j’ai été séduit par le public et je me suis fait des amis. Ensuite l’étendue du travail pédagogique à mettre en place pour répondre au besoin m’a profondément motivé. J’en ai fait mon principal axe de recherche.

 

 

Orion, c'est quoi ?

 

Peux-tu nous présenter succinctement l’association Orion ?

Depuis 2002, l’association Orion a pour but de promouvoir et développer la pratique de la voile pour les personnes déficientes visuelles.

 

Depuis 2002, l’association Orion a pour but de promouvoir et développer la pratique de la voile pour les personnes déficientes visuelles.

 

Depuis sa création dans un objectif de recherche et développement, des équipages mixtes entre voyants et non-voyants ont partagé différentes aventures maritimes sportives et technologiques. De la régate à la pêche en passant par des applications vocales pour gérer la route en cours de navigation et consulter la météo, l’association Orion a pour principal objectif de mettre au point des outils en co-conception avec les pratiquants déficients visuels pour avancer vers plus d’autonomie en mer.

 

Parles-nous de Sara. C’est une compagne d’infortune sur le bateau ?

L’ambition de SARA est grande : parler quand on en a besoin, se taire quand on ne veut plus l’entendre… Cette nouvelle équipière, dont le nom signifie Sail And Race Audioguide, est une application mobile accessible et solidaire qui permet d’obtenir les informations de navigation pour gérer un parcours de régate en l’absence de vision. Cette application est développée en collaboration avec l’UNADEV et a reçu le soutien de partenaires tels que CECIAA, Orange, la banque Populaire de l’Ouest et encore la plateforme de financement participatif Ekosea.

 

Avant l’application Sara, y il a eu le logiciel Seatouch, qui a joué un rôle précurseur dans l’assistance à la navigation. Peux-tu nous le détailler ?

SeaTouch est une application PC qui permet à la fois de consulter une carte géographique virtuelle grâce à un bras à retour de force, de préparer un itinéraire en créant des points de route et de gérer une navigation à l’aide d’annonces vocales.

SeaTouch a été mis au point pendant mon doctorat et est resté à l’état de prototype sur le voilier de l’association : Sirius. Cependant lorsqu’Olivier Ducruix, marin non-voyant spécialiste de l’accessibilité, est venu naviguer avec nous en 2012, il a tout de suite envisagé de faire rentrer SeaTouch sur un Iphone.

A l’époque chez Orange, nous avons commencé la conception grâce à des développeurs stagiaires talentueux et nous n’avons jamais arrêté. Olivier travaille actuellement à l’UNADEV dont l’activité pour le projet SARA est particulièrement riche : regroupement, entrainement, développement, création de vidéos, soutien logistique… Actuellement la dynamique Orion-UNADEV est gagnante et les projets avec l’Ecole d’ingénieurs IMT-Atlantique se multiplient.

 

Quels sont les prochains challenges de l’association ?

Les challenges à venir sont multiples, les projets en cours sont :

  • SARA croisière avec L’UNADEV pour consulter les objets géographiques maritimes sous forme vocale sur Iphone,

  • Les voiles connectés parlantes avec Dimitri Voisin et la société mer Agité de Michel Desjoyaux pour permettre aux marins non-voyants de mieux comprendre et régler leurs voiles

  • Les cartes marines imprimées en 3D avec la fondation de France, L’IMT Atlantique et l’association Terre Virtuelle pour amener les détails des fonds marins et du balisage maritime à portée de doigts.

 

Qu’aimerais-tu faire pour aller plus loin à titre personnel ?

J’aimerais passer plus de temps à naviguer les yeux bandés avec des équipiers déficients visuels et voyants pour m’immerger plus profondément dans les sensations de glisse d’une part et aller plus loin dans la sensibilisation et la solidarité d’autre part.

 

J’aimerais passer plus de temps à naviguer les yeux bandés avec des équipiers déficients visuels et voyants pour m’immerger plus profondément dans les sensations de glisse d’une part et aller plus loin dans la sensibilisation et la solidarité d’autre part.

 

Je m’explique, guider quand on y voit clair c’est facile et compliqué à la fois. Facile parce qu’on utilise la vue, et compliqué parce qu’on a tendance à donner des conseils imprégnés de nos raisonnements avec des infos visuelles. Afin d’éviter cet écueil pédagogique, il me semble qu’il faut naviguer régulièrement les yeux bandés. Ça permet de monter en compétence et d’accueillir les personnes déficientes visuelles sur les bateaux de propriétaire et dans les clubs avec des objectifs d’apprentissage plus ambitieux.

 

Est-ce le bateau autonome boosté à l’intelligence artificielle ou le contact avec la réalité qui est important pour s’éclater dans la navigation avec un voilier ?

Je dirais que l’un ne doit pas empêcher l’autre, et même que l’un permet l’autre ! Faire avancer un voilier à la sensation est naturellement accessible, d’ailleurs les marins non-voyants n’ont pas attendu la technologie pour s’en donner à cœur joie comme en témoigne par exemple cette traversée d’un aveugle en solitaire entre Hawaï et la Californie dès 1986 !

L’intérêt des nouvelles technologies et plus particulièrement des capteurs et du traitement de leurs signaux est de s’assurer de la gestion de l’itinéraire géographique et de l’évitement des collisions avec d’autres embarcations. Outre un moyen sans précédent de gérer les informations de navigation, la technologie peut être considérée comme un moyen de se retrouver « peinard à la barre » et ainsi procurer beaucoup de plaisir à un marin non-voyant, même indirectement.

 

Quand tu navigues avec un aveugle à bord, as-tu plus d’appréhensions qu’avec un voyant ?

Les marins déficients visuels sont d’excellents équipiers et dans ce sens je n’ai aucune appréhension à naviguer en équipage mixte voyant/non-voyant. Cependant, l’expérience montre que le respect de la parité, un équipier voyant pour un équipier déficient visuel, permet de constituer des équipages plus équilibrés.

 

Tu es enseignant chercheur en ergonomie, que pensent tes étudiants de la déficience visuelle ?

Les étudiants, comme la plupart des gens, se rendent comptent très rapidement de l’autonomie des personnes déficientes sitôt qu’ils font des choses ensemble. Aussi, nous privilégions très largement les projets en co-conception afin de favoriser cet aspect.

 

Dans le nautisme, l'usage du braille et des cartes en relief est-il utilisable étant donné les contraintes imposées par des éléments tels que l’eau ou le froid ?

Les cartes tactiles marines sont un élément essentiel lors des navigations en l’absence de vision. Nous en avons une cinquantaine avec du braille et des gros caractères et passons souvent plus d’une heure à explorer la carte, consulter la météo et préparer notre navigation. L’eau n’est pas particulièrement gênante, par contre le froid oui. Une fin de mois d’octobre, je me rappelle d’un équipier non-voyant qui descendait dans la cabine avec une sorte de gros zippo (chauffage à alcool à bûler) pour se réchauffer les doigts et pouvoir consulter la carte !

 

Une fin de mois d’octobre, je me rappelle d’un équipier non-voyant qui descendait dans la cabine avec une sorte de gros zippo (chauffage à alcool à bûler) pour se réchauffer les doigts et pouvoir consulter la carte ! 

 

 

Quelques mots pour conclure

 

Cites-moi une techno qui te fasse rêver.

Je crois que je suis plus fan de l’usage astucieux des technos basiques que de la techno elle-même. Actuellement c’est la détection des positions des doigts dans l’espace avec une caméra de profondeur (type kinect) qui m’interpelle le plus. Associé à une base de données géographiques, il y a de très belles choses à faire.

 

Selon ton expérience, trouves-tu les déficients visuels curieux de leurs mains ou faut-il les pousser à explorer le monde ?

Plutôt la seconde solution même si chacun est différent. Il me semble d’ailleurs que beaucoup de déficients visuels sont curieux avec tous leurs sens et qu’ils perçoivent beaucoup plus du monde que ce que l’on pourrait croire.

 

La voile est-il un moyen de se redonner confiance en soi quand on ne voit pas ?

Il me semble que oui puisque ça permet de conduire alors que ce n’est pas souvent quand on y voit pas. Ça permet également d’apprécier la force d’une équipe et de ses diversités. Par contre ça demande également de rester humble face aux conditions.

 

Penses-tu qu’un jour un non-voyant fera le Vendée Globe ?

Je me demande surtout si un marin déficient visuel voudrait vraiment faire un Vendée Globe…

 

Si tu devais laisser un conseil aux générations futures ?

Se donner les moyens de ses ambitions !

 

 

Le site internet de Mathieu c'est ici

MERCI BEAUCOUP ! 🐼 

 

www.panda-guide.fr  

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