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July 13, 2018

Le Marius, un césar au service de l'accessibilité au cinéma

PANDA est allé à la rencontre de Sylvie Ganche, l’une des organisatrices du prix Marius de l’audiodescription. Cette femme non-voyante de 48 ans s’engage en faveur de l’accessibilité au cinéma pour les déficients visuels.

 

Synopsis ? 

L’équipe PANDA-Guide part à la rencontre de personnes inspirantes, des personnes déficientes visuelles, mais pas seulement, surtout des personnes qui par leurs actes font changer le regard de la société sur la déficience visuelle en France et à travers le monde. Entretien. 

 

Quand le cinéma et la cécité ne font qu'un

Le parcours d’une femme engagée et passionnée par le cinéma malgré sa déficience visuelle

 

Quel est ton parcours ?

Je suis née malvoyante, j'ai fait des études en secteur spécialisé jusqu'à la 3ème puis en secteur ordinaire, j'ai fini d'user mon reste visuel à l'université en dernière année de psychologie sociale, ce qui fait que j'ai suivi tout le cursus mais je n'ai pas le diplôme final, seulement la maîtrise. J'exerce tout de même dans mon domaine puisque je suis chargée d'accessibilité dans un équipement culturel, je suis donc bien dans l'inclusion sociale de minorités. 

 

Qu’est-ce qui te motive le matin ?

Etre utile sans m'ennuyer et en apprenant le plus possible.

 

Ton métier actuel a-t-il un rapport avec le cinéma ?

De loin mais un peu quand même puisque Les Champs Libres où je travaille diffusent un film en audiodescription par mois.

 

Le Marius, un prix qui a pour ambition de devenir le César de l’audiodescription.

De l'idée à l'aboutissement d'un projet en faveur de l'accessibilité


Comment t’es venu l’idée du Marius ?

Lors d'une nuit d'insomnie. Depuis plusieurs mois, je me disais qu'il faudrait que nous fassions connaître le panel de la CFPSAA auquel j'appartiens ainsi que nos attentes en matière d'audiodescription et ça a fini par venir...

 

Peux-tu nous présenter le Marius en détail ?

Il s'agit d'un prix, matérialisé par un trophée, qui récompense la meilleure audiodescription parmi les 7 films retenus dans la catégorie du césar du meilleur film.

Récemment, un juré composé de 65 déficients visuels a voté et le film "Petit paysan" a gagné et a reçu le Marius lors d'une cérémonie au CNC le mercredi 28 février.

 

Comment a-t-il été reçu par la profession notamment le CNC ?

Assez favorablement puisque le CNC nous a accueilli dans ses locaux pour la cérémonie et était représenté pour un chaleureux mot d'accueil.

 

Qui se trouve derrière ce prix ?

A l'origine du prix, il y a le panel de la CFPSAA et quelques organisateurs bénévoles.

 

Quelle évolution espérez-vous pour le Marius au sein du comité ?

Nous aimerions qu'il devienne un césar technique.

 

Les retombées médiatiques sont-elles satisfaisantes pour vous ?

Oui, il n'a jamais été autant question de l'audiodescription. Il y a eu des reportages et articles sur Europe 1, La Croix, Ouest-France, France 3 Bourgogne et Bretagne, France Bleu, RCF et j'en oublie...

 

L’audiodescription, indispensable ?

 

Selon toi, qu’est-ce qu’une bonne audiodescription ?

Une bonne audiodescription est celle qui répond aux attentes du panel. Elles ont été regroupées dans un document qui a été distribué aux participants à la cérémonie.

En bref, une bonne audiodescription repose sur une bonne voix, qui s'intercale bien entre les dialogues, qui donne bien les actions, les expressions et la physionomie des personnages mais aussi les décors et costumes du film, son ambiance générale, en respectant les choix du réalisateur, sans interprétation et sans emphase, elle doit être à la bonne distance, présente mais pas envahissante.

 

Une bonne audiodescription repose sur une bonne voix, qui s'intercale bien entre les dialogues, qui donne bien les actions, les expressions et la physionomie des personnages mais aussi les décors et costumes du film [...] elle doit être à la bonne distance, présente mais pas envahissante. 

Une mauvaise audiodescription c'est quand on ne respecte pas mon libre-arbitre en me disant ce qu'il faut conclure, quand on ne me donne pas toutes les infos utiles à la compréhension notamment des gags, quand on ne me dit rien sur le physique des personnages alors que ça n'est pas la même chose de choisir Lhermitte ou Depardieu!

 

Comment parvenir à de bons résultats ?

En faisant relire les audiodescriptions par des déficients visuels compétents par exemple mais aussi en sensibilisant les audio-descripteurs à nos attentes qu'ils ne connaissent pas toujours et ont tendance à penser à notre place parfois.

 

Parviens-tu encore à regarder un film sans audiodescription ?

Oui même si j'ai bien conscience de louper des choses importantes mais je suis plus cinéphile qu'aveugle !

 

En conclusion, si tu devais laisser un conseil aux générations futures ?

Il est important d'aller au cinéma comme un spectateur lambda, pour que chacun sache que nous sommes des citoyens à part entière qui comme tous les valides ont droit à la culture. Plus généralement, plus on nous voit dans les lieux publics, plus ça banalise notre présence et nous affirme certes comme différents mais bien présents dans tous les aspects du quotidien.

 

MERCI BEAUCOUP

Avec plaisir. Merci à toi aussi pour ton intérêt pour le Marius.

Sylvie.

 

https://panda-guide.fr

 

Crédits photo : Tiré du livre Hamburger, Andreas: Filmpsychoanalyse 

 

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Soufian de PANDA Guide
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