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March 1, 2018

Vues Intérieures : les usages de la cécité dans la publicité, le cinéma....

Nous sommes partis interviewer Sabine, rédactrice du blog Vues Intérieures, des articles traitant de la cécité ou la déficience visuelle comme "objet" culturel.

Synopsis ?

L’équipe PANDA Guide part à la rencontre de personnes inspirantes, des personnes déficientes visuelles, aveugles, mais pas seulement, surtout des personnes qui accomplissent de grandes choses, et font changer le regard de la société sur la déficience visuelle, en France et à travers le monde…

La cécité utilisée à travers les stéréotypes et les idées reçues

« Des cannes blanches en culture »

Pouvez-vous vous présenter et présenter votre blog ?

Vues Intérieures est un blog qui a été créé en septembre 2014. Il parle de déficience visuelle dans la culture, mais aussi d’accessibilité culturelle. Son sous-titre est : « des cannes blanches en culture »…

On y parle de livres, films, pièces de théâtre, séries télé, incluant des personnages aveugles ou malvoyants, mais on parle aussi d’artistes déficients visuels, d’accessibilité culturelle.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous intéresser à la déficience visuelle ?

C’est probablement une rencontre dans mon enfance qui m’a fait m’intéresser à la déficience visuelle. J’ai appris le braille, j’ai rencontré des gens fascinants, et j’ai eu envie d’en savoir plus, de dépasser les clichés et autres idées reçues héritées des siècles passés…

Regardez-vous des films avec audio description ?

Je regarde régulièrement des films, voire des spectacles, en audiodescription. D’abord pour savoir comment est faite l’audiodescription, ensuite parce qu’elle donne des indices, pas forcément perçus en regardant « simplement » l’image. Et aussi parce que, dans de rares cas, elle complète l’œuvre.

Sur votre blog, vous parlez des personnages de fictions handicapés. Pensez-vous que les auteurs mettent en scene les clichés du handicap ?

J’ai pris le parti de ne présenter que des œuvres, livres ou films, qui me plaisent et qui donnent, de mon point de vue, même si on échappe rarement à quelques clichés ou stéréotypes, une vision intéressante de la cécité ou de la malvoyance. Ces personnages, aveugles ou malvoyants, ont autre chose à dire qu’incarner simplement cette déficience visuelle. Ils ont un emploi, une vie de famille éventuellement (mais on peut mieux faire de ce point de vue), des envies, des avis…

Dans ces œuvres là, l’auteur semble s’être renseigné sur la question.

Pensez-vous que pour interpréter le rôle d’une personne handicapée, l'acteur doit lui-même être en situation de handicap ?

Difficile réponse… Je peste souvent contre le « crippin’up », le fait que des acteurs valides incarnent des personnages handicapés. Ce qui m’exaspère le plus, c’est qu’il existe aujourd’hui des comédiens handicapés professionnels à qui on ne donne même pas l’opportunité de se présenter aux castings. Par ailleurs, qu’est-ce qui empêche qu’un personnage soit interprété par un comédien handicapé, même quand cela n’est pas spécifié ?

Ce qui m’exaspère le plus, c’est qu’il existe aujourd’hui des comédiens handicapés professionnels à qui on ne donne même pas l’opportunité de se présenter aux castings. Par ailleurs, qu’est-ce qui empêche qu’un personnage soit interprété par un comédien handicapé, même quand cela n’est pas spécifié ?

La Compagnie du Troisième Œil, composée de comédiens valides et handicapés, fondée par Bruno Netter, comédien devenu aveugle, a fait un travail remarquable avec Philippe Adrien, mettant en scène des classiques tels « le Malade imaginaire », « le Procès », « Œdipe »…

Selon vous, comment va évoluer la prise en compte du handicap dans le cinéma et les autres formes d’expression culturelle ?

Il me semble qu’on voit apparaître des choses intéressantes ces dernières années. Bien sûr, nous ne sommes pas à l’abri de productions reproduisant clichés et stéréotypes, notamment au cinéma. Cependant, depuis la création du blog, je découvre des initiatives très intéressantes dans le domaine de la danse, avec le travail de la Compagnie Acajou, par exemple, autour de la déficience visuelle. On peut aussi apprécier la série « Vestiaires ».

Ayant le regard souvent tourné vers l’Amérique du Nord, je découvre des artistes déficients visuels qui arrivent à tracer leur route, parfois tortueuse, singulière, toujours talentueuse.

Aimez-vous le livre audio ?

J’aime beaucoup le livre audio pour de multiples raisons : on peut le lire à plusieurs en même temps, et échanger nos impressions ; je peux lire un livre tout en faisant autre chose ; le livre audio est accessible sans problème de taille de police, de braille intégral ou abrégé, on peut ainsi le partager…

Je soutiens par ailleurs depuis sa création l’association Lire dans le Noir qui a été pionnière dans le développement du livre audio pour la littérature d’aujourd’hui, éditant en audio des livres qui sortaient tout juste en librairie.

Que pensez vous de l’accessibilité de l’art pictural ? 

Là encore, je ne suis peut-être pas la plus légitime pour répondre à cette question. Mais, par principe et convictions, il me semble qu’on ne peut qu’y gagner en permettant à tout un chacun d’avoir accès à la culture. Il y a mille et une façons d’envisager l’accessibilité à une œuvre d’art : audiodescription, exploration tactile, mise  en volume, maquette 3D…

Quant au braille, si j’insiste sur la nécessité de continuer à l’enseigner notamment aux enfants aveugles, si sa présence me semble indispensable sur les cartels dans les musées, sur une maquette volumétrique, il ne doit pas être le seul support d’information. Il est nécessaire de multiplier les sources d’information pour donner à tous la possibilité d’y accéder : braille intégral, gros caractères, audio…

Quant au braille, si j’insiste sur la nécessité de continuer à l’enseigner notamment aux enfants aveugles, si sa présence me semble indispensable sur les cartels dans les musées, sur une maquette volumétrique, il ne doit pas être le seul support d’information. Il est nécessaire de multiplier les sources d’information pour donner à tous la possibilité d’y accéder : braille intégral, gros caractères, audio…

Si vous deviez faire un vœu pour que l’art devienne plus accessible, ce serait lequel ?

Que l’on considère enfin l’accessibilité comme un atout, comme un enrichissement mutuel et non comme une ligne de plus dans les dépenses.

Avez-vous un conseil à laisser aux générations futures ?

Multiplions nos points de vue, soyons curieux. Embrassons la diversité dans toutes ses dimensions, en y incluant les handicaps. Cela ne peut que nous enrichir…

Laissons la possibilité à ceux qui le souhaitent de pouvoir exprimer leurs talents, de pouvoir se former, y compris professionnellement.

Ne pas se fixer de limites, ne pas mettre de barrières, être prêt à être étonné, bousculé, dérangé… bref, à être vivant !

MERCI BEAUCOUP !

www.panda-guide.fr

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